Update: 30.03.2012

Que signifie « universalité des droits humains »?

Auteur : Alex Sutter, Büro Transkultur
Traduction : Emmanuel Gaillard

Prétention à l’universalité : implications à deux niveaux

L’expression « universalité des droits humains » ne doit pas être entendue comme la validité effective des droits humains dans le monde, mais désigne au contraire leur prétention à une portée, une vocation universelle. En d’autres termes, l’universalité des droits humains implique qu’ils s’adressent à tous les hommes et toutes les femmes. On parle également de la « valeur universelle » des droits humains. Ceci implique que :

  1. Tout être humain peut se prévaloir des mêmes droits humains dans la protection de ses intérêts élémentaires.
  2. Tout être humain devrait reconnaître la valeur des droits humains. Cette deuxième acception de l’universalité des droits humains contient une exigence morale : tout être humain a l’obligation de respecter les droits humains de ses semblables.

La protection des droits humains : une obligation universelle

L’histoire de l’Homme a montré que la morale et l’éthique à elles seules n’ont pas le pouvoir de garantir la reconnaissance universelle des droits humains. Des instruments juridiques solides sont dès lors nécessaires. Ainsi, pour assurer la portée universelle des droits humains, doivent être prises des mesures préventives institutionnelles qui permettent de protéger les droits humains de toutes et de tous. À cette condition sont soumis autant les acteurs gouvernementaux que les acteurs non-gouvernementaux importants.

En adhérent à l’ONU, les Etats ont reconnu la valeur du moins morale de la Déclaration universelle des droits humains de 1948. Ainsi, ils sont appelés à ratifier les traités internationaux des droits humains et à s’engager juridiquement à faire respecter sur leur territoire les normes des droits humains. Les principes des droits humains les plus fondamentaux, telles que l’interdiction de la torture et l’interdiction de l’esclavage, font aujourd’hui partie du droit coutumier et les Etats sont contraints de les respecter. En outre, certains traités internationaux des droits humains sont juridiquement contraignants et nombre d’Etats les ont ratifiés. Dans ces cas-là, la question de la validité des droits humains ne se pose même plus. Tous les acteurs non-gouvernementaux importants, comme les grandes entreprises, les organisations internationales, les associations religieuses, etc., sont soumis, quant à eux, à l’obligation morale de respecter et d’appliquer les droits humains dans leur zone d’influence. Jusqu’à aujourd’hui, cette obligation ne représente une contrainte juridique stipulée de manière formelle que dans certains cas exceptionnels.

Entre application réelle et portée universelle

Dans la réalité, bon nombre de personnes, d’organismes nationaux et d’acteurs importants à travers le monde négligent la protection d’une partie, voire de la majorité des droits humains. Malgré la portée universelle et la reconnaissance juridique des droits humains, leur valeur n’est que très peu ancrée dans les esprits, les cœurs et les institutions. Ce fossé regrettable entre application réelle et portée universelle des droits humains entraîne chez certains un sentiment de résignation et insuffle chez d’autres l’envie de se battre avec conviction pour l’universalisation effective des droits humains.

Deux sortes d’argumentations

De manière schématique, on peut distinguer deux sortes d’argumentations qui soutiennent et justifient l’universalité des droits humains : l’argumentation absolutiste et l’argumentation modérée.

La première justifie la portée universelle des droits humains sur la base d'une «idée» à valeur absolue, comme la religion, la raison, la dignité humaine, etc. Or, cette argumentation décrédibilise d’une part les croyances, les dispositions intellectuelles et morales de celles et ceux qui ne partagent pas l’idée de droits humains à portée universelle et discrédite d’autre part l’idée de droits humains à valeur universelle. En effet, par leur argumentation, les absolutistes se font percevoir, à juste titre d’ailleurs, par celles et ceux qui s’opposent à l’universalité des droits humains, comme arrogants, orgueilleux et ethnocentristes.

Les partisans d’une argumentation plus modérée, quant à eux, bien qu’ils soutiennent leur position avec conviction, ne font pas montre d’absolutisme. Ils sont en effet capables d’accepter que, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, certaines personnes tiennent une autre position que la leur. Il leur est parfois même possible d’entamer un vrai dialogue avec ces derniers.

L’illusion d’un consensus universel

Si des personnes de tous les horizons se réunissaient pour renégocier le contenu des droits humains, seraient-elles capables de fixer de manière unanime de nouveaux droits humains ? Nul doute qu’un consensus autour de cette question serait purement impossible. Comment cela pourrait-il être autrement ? L’histoire nous montre que des normes différentes qui aspirent à l’universalité ne sont jamais acceptées de tous. Ce sont surtout l’entêtement et l’autojustification de l’homme, le poids de la tradition et de la religion, ainsi que le maintien de relation de pouvoir qui en sont les causes. Ces causes alimentent le doute continuel de l’existence de droits humains universels. Même les activistes des droits humains sont contraints d’apprendre à œuvrer avec ces doutes et ces objections et ce, de la manière la plus constructive possible.

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