Interdiction de mendier à Genève
Dans sa décision du 9 mai 2008, le Tribunal fédéral a débouté Mesemrom, l’association de défense des Roms : l'interdiction de la mendicité à Genève est définitive. La Cour invoque l’intérêt public et le respect du principe de proportionnalité et estime que cette interdiction est une restriction admissible de la garantie de la liberté personnelle. En toile de fond de ce combat se déroulait le débat sur l'extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie et à la Roumanie, acceptée par le peuple le 8 février 2009.
"Punir" la misère, selon Mesemrom
Pour la présidente de l’association, Me Dina Bazarbachi,: « interdire purement et simplement la mendicité sur tout le territoire est anticonstitutionnel. C'est non seulement disproportionné au vu de l'intérêt public, mais surtout cela viole la liberté personnelle». La défense avait invoqué une violation notamment des articles 7 (respect de la dignité humaine) et 10 (droit à la liberté personnelle) de la Constitution. Le droit à l'autodétermination, notamment au libre choix du mode de vie, découlant de l'art. 8 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) a également été invoqué. Pourtant ces arguments n’auront pas suffit à convaincre les juges du Tribunal fédéral.
Mesemrom déplore que la misère devienne «punissable». L’association craint que la décision du TF portant sur Genève ait pour conséquence l'interdiction de la mendicité dans tous les cantons à l'avenir. Et répète que l'application de la loi genevoise pose problème, notamment au niveau des saisies d'argent. (voir l'article de humanrights.ch du 7 novembre 2011)
Prévaloir l'intérêt public, selon le TF
La Tribunal fédéral invoque un devoir de sécurité et déclare qu’"il y a un intérêt public certain à une réglementation de la mendicité, en vue de contenir les risques qui peuvent en résulter pour l'ordre, la sécurité et la tranquillité publique". Par intérêt public, il est non seulement fait allusion aux mendiants adoptant une attitude insistante, voire harcelante envers les passant, mais aussi à ceux qui sont exploités dans le cadre de réseau. Lorsqu’il s’agit de mineurs, l'autorité a le devoir d'empêcher et de prévenir ce type d’exploitation.
L'arrêt retient que les conditions de restrictions à la liberté personnelle sont remplies dans le cas de Genève, et que l'interdiction de la mendicité est, par conséquent, licite. La misère, elle, ne ressortit par à l'arrêt et n'est guère évoquée.
- Arrêt du Tribunal fédéral 6C 1/2008 rod
9 mai 2008 - La loi sur la mendicité est tout à fait conforme à la constitution et à la CEDH
Blog juridique acerberos.ch: Exlication du raisonnement du TF - Mendier n'est pas un droit, dit le Tribunal fédéral (pdf, 2p.)
Le Temps, 22 mai 2008 - Le Tribunal fédéral confirme l'interdiction de la mendicité
Le Courrier, 21 Mai 2008 - Il est permis d'interdire la mendicité
RSRinfo.ch, 21 mai 2008 - Un grain de sable dans la machine antimendiant
Entretien avec la présidente de Mesemrom Me Dina Bazarbachi
Le Courrier, 28 avril 2008 - La libre circulation à l'épreuve des Roms (pdf, 2p.)
Le Temps, 27 mai 2008 - Les Roms sont harcelés par la police jusque dans leur sommeil
Le Courrier, 7 mars 2009
Nouvelle base légale, Mesemrom recourt au TF
En novembre 2007, le canton de Genève a édicté une nouvelle loi sur la mendicité, qui permet ainsi à la police d'amender les mendiants. Cette législation est née des rangs libéraux et UDC après avoir constaté une recrudescence de mendiants Roms au début de l'été 2007. L'association de défense des Roms Mesemroms a déposé un recours au Tribunal fédéral contre la nouvelle loi genevoise. Cette législation entraverait les libertés économique et personnelles.
- La loi sur la mendicité est attaquée au Tribunal fédéral
Tribune de Genève, 26 janvier 2008 - Genève cherche à calmer sa population en disciplinant ses mendiants
Le Courrier, 14 novembre 2007
Base légale supprimée
Fin 2006, le Grand Conseil genevois a traité cinq projets de loi complexes afin d’adapter la législation genevoise au nouveau Code pénal suisse. Suivant l’approbation de la Commission juridique qui avait étudié le projet de loi (PL 9847) pour le Grand Conseil, celui-ci a adopté la nouvelle LPG le 17 novembre 2006, et son entrée en vigueur a été fixée au 27 janvier 2007. Parmi les changements se trouve l’abrogation de l’article 37, alinéa 1, point 33, soit l’article qui permettait d’amender «ceux qui avaient contrevenu aux lois et règlements sur le vagabondage et la mendicité». Ainsi, depuis ce jour, les 801 contraventions délivrées pour mendicité ne sont donc pas valides, et remboursables (quelques 85 000 francs). L’ennui, c’est que 791 d’entre elles n’on pu être notifiées faute d’adresse connue ! Le 27 juin, le Conseil d'Etat a fait savoir qu'il entendait élaborer un 'plan mendiant' d'ici la fin de l'été. Ce plan mendiant a été jugé insatisfaisant et a laissé place à la nouvelle loi entrée en vigueur en novembre 2007.
Des dérives policières aussi
C’est en effectuant des recherches juridiques à la demande de Temps Présent (magazine d’information de la TSR) que Doris Leuenberger, avocate et présidente de la Ligue suisse des droits de l’homme a fait cette découverte, confirmée après plusieurs mois par le Conseiller d’Etat en charge des institutions (et de la police) Laurent Moutinot. Les journalistes de la télévision romande s’intéressaient à la vie des Roms de Roumanie qui viennent en Suisse (sans difficulté avec un passeport européen) et forment bon nombre de ces mendiants des rues genevoises. Outre une misère bien réelle, ils ont découvert que des amendes illégales parfois élevées et répétées étaient encaissées par la police, parfois sans quittance (donc au remboursement impossible). Certains témoignages font même état de fouilles corporelles et de mises de menottes, actes illégales pour une infraction.
Ailleurs en Suisse
La Confédération ne réprime pas la mendicité, mais ce sont les lois cantonales et les règlements communaux qui la régissent généralement. Actuellement, ces réglementations font l’objet d’une vive polémique en Suisse alémanique, suscitée par un article visant à exclure les marginaux de certains lieux définis (Wegweisungsartikel). Pour ce qui est de la mendicité, les pratiques des grandes villes suisses varient: Lausanne ne punit que celui qui envoie un mineur faire la manche et applique la loi sur les étrangers qui stipule que les étrangers de passage ont l'obligation d'avoir les moyens de séjourner sous peine de renvoi; Fribourg, Bulle et Morat interdisent la mendicité dans leurs règlements de police; Berne est tolérante avec ses mendiants, et ses agents n’interviennent qu’en cas de mendicité agressive, sauf à la gare où la mendicité est interdite depuis 2008; Bâle surveille de près ceux qui font la manche, et ses agents avertissent, voire éloignent les non-désirables ; quand à Zurich, la mendicité est interdite et amendable depuis janvier 2007. Le débat genevois va par ailleurs continuer autour de ces questions.
- Mendiants interdits en gare de Berne
20 Minutes Online, 1er juin 2008 - Mendicité: les allers-retours du ministre genevois Laurent Moutinot (pdf, 2p.)
Le Temps, 5 octobre 2007 - Genève, face-à-face avec les mendiants (pdf, 3p.)
Le Temps, 22 septembre 2007
L'article relate que les mendiants Roms sont de plus en plus nombreux à Genève et que certains sont la proie de réseaux organisés. La police genevoise a cessé de verbaliser et ne tient plus de staristiques. Un 'plan mendiant' est à l'étude. - Des mendiants apportent de lourds témoignages contre la police
Le Courrier, 16 juin 2007 - Le débat sur la mendicité s'invite au rapport annuel de la police genevoise
Le Temps, 15 juin 2007 - Mendicité à Genève, la polémique continue
TSRinfo.ch, 14 juin 2007 - Tziganes, la route de l'Eldorado Suisse
Temps Présent, 14 juin 2007 - Les libéraux veulent remettre les mendiants à l’amende
Le Courrier, 13 juin 2007 - La mendicité n’est plus amendable à Genève (pdf, 1p.)
Tribune de Genève, le 8 juin 2007 - GE: la police devra rembourser les mendiants
TSRinfo.ch, 6 juin 2007 - A Genève, Laurent Moutinot libéralise la mendicité (pdf, 2p.)
Le Temps, 28 juin 2007 - Rom en Romandie, pas une sinécure (pdf, 2p.)
Entretien avec Doris Leuenberger, avocate et présidente de la LIDH
GaucHebdo, 22 juin 2007
Information supplémentaire
- Mendicité et précarité à Genève (pdf, 12p.)
Rapport de la Commission sociale et de la jeunesse M-576 A, 31 mai 2006 - Loi pénale genevoise (LPG) du 20 septembre 1941 E 4 05, plus valable (notamment l’art. 37, al.1, point 33)
et la Loi 9847 pénale genevoise, les modifications (pdf, 34p.)
et le rapport de la Commission judiciaire concernant le projet de loi (explication sur l’article 37 an p.4) à l’attention du Grand Conseil genevois (pdf, 48p.) - Le Tribunal fédéral s’explique à propos d’une interdiction de fréquenter la gare à Berne
Article sur humanrights.ch, janvier 2006 - Association d'entraite des Roms: Mesemrom
Update: 23.05.2008


