Update: 18.12.2011

Diamants du sang: le processus de Kimberley a échoué

Global Witness quitte le Processus de Kimberley. Selon l’organisation britannique, qui a annoncé sa décision le 5 décembre 2011, le système a échoué car il s’est fait complice du blanchiment de diamants. Figure-clé de l’établissement du Processus Kimberley, Global Witness met fin à son rôle d’observateur officiel du mécanisme d’autorégulation du commerce de diamants, qui était souvent cité comme exemplaire.

Le Processus de Kimberley a été créé en 2003 après plusieurs années de campagnes et de négociations entre la société civile, l’industrie et les pays qui produisent et font le commerce de diamants. Il s’agit d’un dispositif international de certification instauré dans le but d’éliminer le commerce de diamants du sang, ces diamants utilisés pour financer des conflits armés. Ce dispositif permet de suivre tous les stades d’un diamant, de son extraction jusqu’à sa commercialisation.

Le Processus Kimberley compte une cinquantaine d’Etats membres, producteurs et importateurs (dont la Suisse), et des organisations de la société civile comme Global Witness.

Les raisons du retrait de Global Witness

«Près de neuf ans après le lancement du Processus de Kimberley, la triste vérité est que la plupart des consommateurs ne peuvent toujours pas être certains de la provenance de leurs diamants, ni savoir s’ils financent des violences armées ou des régimes répressifs», a déclaré Charmian Gooch, directrice-fondatrice de Global Witness. En refusant d’évoluer et de se pencher sur les liens inéluctables qui existent entre les diamants, la violence et la tyrannie, le Processus de Kimberley est devenu un mécanisme de plus en plus obsolète, a déclaré le groupe. Malgré les très importants efforts menés pendant de nombreuses années par une coalition d’ONG, les principales déficiences et failles que comporte le dispositif n’ont pas été corrigées et la plupart des gouvernements qui l’appliquent continuent de ne manifester aucun intérêt envers une réforme.

Selon Global Witness, le dispositif a échoué pour trois raisons: il ne s’est pas penché sur la question du commerce de diamants du conflit provenant de Côte d’Ivoire; il n’a pas été disposé à prendre des mesures vigoureuses alors que, pendant plusieurs années, le Venezuela perpétrait de flagrantes atteintes à ses règles; il ne s’est pas non plus montré disposé à veiller à ce que les diamants cessent d’alimenter la corruption et la violence au Zimbabwe.

Les diamants du Zimbabwe

Le Processus de Kimberley a récemment autorisé les exportations de deux entreprises opérant dans les gisements de diamants controversés de Marange, au Zimbabwe. Cela malgré le fait que la région soit sous le contrôle de l’armée et que la majorité des recettes finissent dans les caisses du parti au pouvoir, le Zanu-PF du dictateur Robert Mugabe.

Après que l’armée zimbabwéenne se soit emparée de la région en 2008 en tuant environ 200 personnes, des concessions minières avaient été octroyées dans des circonstances douteuses à plusieurs entreprises en lien avec le parti de Robert Mugabe. Le Processus de Kimberley s’était alors opposé à ce que les diamants de la région se retrouvent sur le marché mondial. Après des inspections sommaires, le Processus Kimberley a à nouveau autorisé en novembre 2011 le commerce des diamants provanant du Zimbabwe.

Sources

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