Update: 17.06.2006

Graves reproches faits à la Chine

Je suis satisfaite de m’être réveillée en prison avec mes deux yeux, mes reins et mon cœur intact » rapporte le Dr. Wenyi Wang, journaliste à ‘La Grande Epoque’ et pratiquante du Falun Gong, au lendemain de son arrestation pour avoir interrompu le discours à la Maison Blanche du Président chinois Hu Jintao, le 20 avril 2006. Son intervention, dont les gouvernements auraient souhaité qu’elle soit passée sous silence, a permis au Falun Gong, ce mouvement d'inspiration bouddhiste interdit par Pékin, de refaire irruption dans l’actualité. Le cri de Mme Wang fait référence à la fois à la persécution du Falun Gong en Chine, et au trafic d’organes qui y est lié.

Persécution du Falun Gong

Dans son rapport 2006, Amnesty International résume à ce propos : «Le mouvement spirituel Fa Lun Gong a de nouveau été la cible de mesures de répression au mois d’avril. Un représentant des autorités de Pékin a précisé que toute activité liée au Fa Lun Gong était illégale, ce groupe ayant été déclaré « hérétique » et interdit. Selon les informations reçues, un grand nombre de pratiquants restaient en détention et, de ce fait, risquaient fortement d’être torturés ou soumis à des mauvais traitements ». Amnesty parle également de détentions arbitraires liées au régime de ‘rééducation par le travail’, en vertu duquel des centaines de milliers de personnes ont été privées de liberté, sans être inculpées ni jugées, pour des périodes pouvant aller jusqu’à quatre ans.

En avril 1999, prenant le pouvoir au dépourvu, 10'000 membres du mouvement avaient encerclé le siège du gouvernement pour réclamer le droit de se réunir publiquement. La direction du Falun Gong revendiquait 70 millions de membres en Chine, le pouvoir parlait de deux millions d'adeptes - des chiffres invérifiables. Accusés de menacer l'ordre public et le pouvoir communiste ont depuis été la cible d'une vaste campagne d'arrestations et de rééducation par le travail, dont le pic s'est situé entre juillet 1999 et 2001. Selon les responsables du Falun Gong réfugiés aux Etats-Unis, le bilan de cette répression s'élèverait aujourd'hui à 44'000 cas répertoriés de tortures, dont 2862 auraient entraîné la mort, 55'000 disparu-e-s et deux millions de détenu-e-s.

Trafic d’organes

Alors que la Chine pratique le prélèvement d’organes sur des condamnés à mort exécutés depuis une trentaine d’années, Mme Wang accuse son pays de lier, au dépens des membres du Falun Gong, l’extermination et le profit. En effet, la Chine aurait mis en place un système de 36 «camps de concentration» pour prisonniers du Falun Gong où seraient prélevés des organes sur des individus parfois encore en vie et qui alimenteraient un juteux commerce. Dans un de ces camps, incorporé au Centre de traitement des thromboses du Liaoning, dans le quartier de Sujiatun de la ville de Shenyang, le Falungong affirme sur la base de trois témoignages que 75% des 6000 détenus auraient été tués et leurs corps brûlés dans des fours crématoires après le prélèvement d'organes.

Ces accusations ont trouvé un certain écho, d'autant qu'elles coïncident avec des informations inquiétantes sur l'explosion du commerce d'organes prélevés sur des condamnés à mort, un fait partiellement reconnu mais minimisé par des officiels chinois. Le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Manfred Novak, a affirmé qu'il allait les examiner.

La Suisse, elle, poursuit sa politique de dialogue bilatéral sur les droits humains, comme y fait laconiquement allusion le communiqué de presse émis par le Département fédéral des affaires étrangères après la visite officielle de travail du Secrétaire d’Etat Ambühl à Pékin début juin 2006.

Informations supplémentaire (sources proches du Falun Gong)

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