La Suisse finance des violations des droits humains

La Suisse est fière de revendiquer la bonne situation qu’occupent les droits humains sur son territoire. Toutefois, en ce qui concerne ses activités internationales, elle est loin d’être à la hauteur de son rôle de siège du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies.

Commentaire de Magdalena Küng, membre du comité du Groupe pour une Suisse sans Armée

Les droits humains s'appliquent en tout temps et en tout lieu. Cela signifie aussi qu’ils doivent être protégés partout et constamment, ce qui fonctionne bien entendu mieux en temps de paix. Créer les conditions préalables à leur garantie est une tâche permanente pour tous les États. La Suisse tâche de le faire de son mieux – du moins, sur son propre territoire national.

Comme les Etats veillent avant tout au respect des droits humains sur leurs territoires nationaux, les activités à l'étranger des acteurs suisses ne font que rarement l’objet de rapports. Or la Suisse ne doit en aucun cas négliger l'aspect international de la protection des droits humains. À la suite du dernier Examen périodique universel, la Plateforme des ONG pour les droits humains a souligné à juste titre que la Suisse est sous les projecteurs en matière de droits humains au niveau international et qu'il faut la mesurer à l’aune du rôle qu’elle s’est donné. La Suisse doit d’autant plus renforcer la cohérence dans son engagement en matière de droits humains, notamment entre sa politique intérieure et sa politique étrangère.

L’initiative sur le commerce de guerre, sur laquelle nous voterons le 29 novembre, met en évidence le fait que le respect des personnes et de l'environnement ne s'arrête pas à nos frontières nationales. L’initiative contre le commerce de guerre place l'industrie internationale de l'armement au centre de l'attention, et plus concrètement, la contribution de la Suisse à son financement. Car même si elle ne participe pas à des actions concrètes, la Suisse finance des biens qui sont utilisés contre des civil·e·s partout dans le monde.

Les armes sont utilisées pour détruire des sociétés et déstabiliser des régions entières. Elles se retrouvent entre les mains d'enfants soldats et de terroristes et incitent les parties en conflit à participer à la course aux armements, mettant de côté tous les efforts en faveur de la paix au profit de l’action armée aux dépens de toute alternative. La Suisse participe au financement de cette escalade et continuera à le faire jusqu'à ce que le fait d’investir dans l'industrie internationale de l'armement soit interdit.

Certes, toutes les armes ne sont pas systématiquement utilisées en violation des droits humains. Cependant, leur diffusion et l'impossibilité de contrôler où elles se retrouvent des années après leur mise en vente entrent en contradiction avec tous les efforts menés par la Suisse pour créer précisément les conditions dans lesquelles les droits humains peuvent être garantis. Nous pouvons changer cela: en votant OUI à l’initiative contre le commerce de guerre le 29 novembre!