11/02/2022

Profilage racial – Le cas Wa Baile

En 2015, Mohamed Wa Baile est arrêté par la police à la gare centrale de Zurich pour un contrôle d'identité. Il refuse de présenter ses papiers d’identité, convaincu qu'il subit un acte de profilage racial, et se voit infliger une amende pour refus d’obtempérer. Wa Baile décide de contester cette décision. Alors que toutes les instances judiciaires suisses le déboutent, la Cour européenne des droits de l’homme lui donne finalement raison: Mohamed Wa Baile a été discriminé par les autorités suisses. Mais bien que condamnée, la Suisse doit encore mettre en œuvre l'arrêt.

Le jeudi 5 février 2015, Mohamed Wa Baile part de son domicile à Berne pour se rendre à Zurich, où il travaille en tant que bibliothécaire à l’École Polytechnique Fédérale (EPFZ). Après être descendu du train à 7h du matin, il s’achemine comme les autres pendulaires vers la sortie, passant à travers le hall principal de la gare centrale. Avant de sortir du hall, il se retrouve entouré par trois agent·e·s de police qui le somment de montrer ses papiers. Wa Baile leur demande alors si une personne noire est recherchée et refuse de leur présenter son passeport suisse. Les agent·e·s fouillent alors ses effets personnels. Ce n'est qu'après avoir trouvé sa carte AVS dans son sac que les policiers et la policière le laissent partir, après lui avoir annoncé qu’une amende lui sera infligée du fait de son refus de se soumettre à un ordre de la police.

Wa Baile décide de contester cette amende: il rejette les accusations des agent·e·s et souhaite interroger le fait que la couleur de peau puisse constituer un motif de fouille. Après s’être vu débouté à tous les échelons de la procédure pénale, Wa Baile porte finalement l'affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CrEDH). L’arrêt de celle-ci est bien différent de tous les jugements des tribunaux suisses: la Suisse est condamnée pour violation de la CEDH.

La Cour estime en effet que la Suisse a violé à deux reprises l'interdiction de la discrimination, garantie par l'article 14 CEDH combiné avec l'article 8 (droit au respect de la vie privée). Elle constate que Wa Baile a subi un acte de discrimination sur la base de sa couleur de peau de la part des fonctionnaires de police et que les tribunaux suisses n'ont pas examiné de manière effective si des motifs discriminatoires avaient joué un rôle dans le contrôle subi par le requérant. Les juges de Strasbourg estiment également que la Suisse a violé l'article 13 CEDH (droit à un recours effectif), dans la mesure où M. Wa Baile n'a pas bénéficié d'un recours effectif devant les juridictions internes et qu’aucune instance pénale ou administrative ne lui a offert de procédure permettant d’examiner le grief de discrimination invoqué.


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Délit de faciès: Wa Baile - Documentation de cas