Update: 21.02.2007

La violence des jeunes ne concerne pas que les étrangers !

Alors que le débat politique s’est emparé du thème de la violence juvénile, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) plaide en faveur d’une approche différenciée et plurielle. « La violence n’est pas un problème propre aux jeunes ou aux étrangers. Elle est par contre essentiellement masculine (87%) et omniprésente dans notre société », rappelle-t-elle dans son communiqué du 16 février 2007. Elle prend ce phénomène complexe au sérieux et fustige les affirmations partisanes : « Diabolisation ou banalisation sont des recettes simplistes et insatisfaisantes ».

Manque d’éléments chiffrés fiables

Selon la CFEJ, il manque en Suisse des enquêtes représentatives sur les auteurs et les victimes d’infractions qui restituent mieux la réalité que les statistiques de la police. Pierre Maudet, jeune président de la commission, parle sans hésiter de manipulations des chiffres ; dans un entretien au Temps, il confie que « l’UDC annonce une augmentation de la violence chez les jeunes étrangers suspectés d’une infraction contre la vie ou l’intégrité corporelle de 185% entre 1995 et 2005, alors qu’en allant chercher ces chiffres, et même ceux de 2006, auprès de leur source, la police zurichoise, je constate qu’elle est de 152% chez les étrangers… et de 397% chez les jeunes Suisses ! »

L’UDC met de l’huile sur le feu

« L’exclusion engendre la violence. A problèmes complexes, réponses complexes » dit la CFEJ, qui est en faveur d’une stratégie à plusieurs piliers : prévention, conseils, mesures structurelles et répression. En aucun cas, la commission ne soutient la proposition de l’association « Sécurité pour tous » proche de l’UDC. Nommée «La coupe est pleine», cette pétition munie de quelque 31'000 signatures et remise le 19 février 2007 à Berne, demande notamment des naturalisations à l'essai et l'expulsion des étrangers impliqués dans de graves délits, y compris la famille d’un délinquant - solution qualifiée de moyenâgeuse par Pierre Maudet, et qui plongerait des familles entières dans le vide juridique et l’apatrie.

Le spécialiste zurichois Allan Gugenbühl lui aussi s’inquiète de ce que la « jeunesse soit prise en otage par le débat politique. Des mesures très dures sont inappropriées et conduiront à intensifier le problème. L’étude de Manuel Eisner commandée par la Commission fédérale des étrangers a elle aussi conduit à recommander que des projets soient moins concentrés sur le groupe cible spécifique «jeunes étrangers», les auteurs affirmant que la prévention de la violence chez les jeunes issus de milieux d'immigrés n'exige en principe aucune autre mesure que celles prises pour les jeunes ressortissants suisses.

 

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