humanrights.ch Logo Icon

Initiative pour l'inclusion: la clé pour une vie autodéterminée

10.10.2023

L’égalité, la participation et l’autodétermination ne sont pas encore une réalité pour les 1,7 million de personnes en situation de handicap en Suisse. L'initiative pour l'inclusion souhaite que cette situation change.

Commentaire invité d’Islam Alijaj, président de Tatkraft, association pour la promotion du potentiel des personnes handicapées et co-initiant de l'initiative pour l’inclusion. Le Suisse aux racines kosovares, qui siège depuis une année au conseil municipal de Zurich, est candidat au Conseil national.

La Suisse a adopté la loi sur l'égalité pour les personnes handicapées en 2004 et a ratifié la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées en 2014. Néanmoins, les personnes en situation de handicap sont toujours discriminées en Suisse. Elles se heurtent quotidiennement à de nombreux obstacles qui rendent difficile, voire impossible leur participation à la vie en société.

En Suisse, près de 150 000 personnes en situation de handicap vivent en milieu institutionnel. De nombreux moyens sont investis dans ces foyers. En conséquence, les ressources financières nécessaires pour soutenir des formes d’habitat autonomes font défaut. Celles-ci s’avèrent pourtant essentielles pour garantir à tout être humain le libre choix de son lieu et de son mode de résidence et de ses décisions quotidiennes comme l’heure du coucher, les repas ou l’habillement.

L'accès au marché du travail, à l'éducation et à la formation, aux transports publics, aux manifestations culturelles, aux soins médicaux et aux informations et services importants fournis par les autorités n'est pas non plus garanti. De nombreuses personnes en situation de handicap ne peuvent exercer une activité professionnelle ou politique à défaut de disposer d’une assistance. Par exemple, une personne atteinte d’un trouble de la parole ne peut pas se permettre, dans notre système actuel, l’assistance verbale nécessaire pour effectuer une activité professionnelle. Une personne sourde qui souhaite s’engager en politique a systématiquement besoin d'une interprétation en langue des signes. Or, ces aides non plus ne sont pas prévues aujourd'hui.

Il reste à savoir pourquoi un pays aussi développé que la Suisse a autant de retard en termes d’égalité pour les personnes en situation de handicap. Je suis convaincu que la situation ne s'améliorera que si nous, les personnes en situation de handicap, prenons les choses en main et assumons nos responsabilités politiques. Aujourd’hui, seul un conseiller national sur les 200 membres de l’Assemblée fédérale partage notre expérience. Mais en cette année historique marquée par la première session des personnes handicapées, de nombreuses personnes en situation de handicap, dont je fais partie, se portent enfin candidates au Parlement. C'est dans cet esprit que nous pourrons parvenir à une plus grande égalité à l'avenir, et c'est aussi l'esprit de l'initiative pour l’inclusion que j'ai lancée avec de nombreux·ses allié·e·x·s.

L'initiative pour l’inclusion vise à supprimer l'alinéa 4 de l'article 8 de la Constitution fédérale relatif à l'interdiction de la discrimination, dont la teneur est la suivante: «La loi prévoit des mesures en vue d’éliminer les inégalités qui frappent les personnes handicapées». Elle propose un nouvel article 8a, intitulé «Droits des personnes handicapées»; l'égalité des personnes handicapées ne se résume en effet pas à l'élimination des désavantages subis par les personnes concernées.

L’initiative revendique le droit pour toute personne de choisir son lieu et son mode de vie, vise à supprimer la discrimination et demande de fournir une assistance suffisante. Toute personne doit pouvoir participer pleinement à la vie en société et aux décisions. L'égalité des personnes en situation de handicap doit enfin faire partie des priorités de la politique suisse.