Update: 20.06.2008

Surpopulation carcérale à Champ-Dollon: petit bol d'air

Une nouvelle prison a été inaugurée mi-février 2008 dans la campagne genevoise à La Brenaz, ce qui permet de remédier partiellement au problème endémique de surpopulation carcérale à Champ-Dollon. Ce nouvel édifice ne constitue cependant que la première partie du projet permettant à la prison genevoise d'entrer de nouveau dans les normes conventionnelles. Avec une surpopulation de plus de 150% de ses capacités, le centre de détention se l'est fait à plusieurs reprises reprocher.

Cinq mois après son inauguration, la nouvelle prison n'a rien pourtant changé au problème de surpopulation carcérale. Pour Damien Scalia, membre de la Ligue suisse des droits de l'homme (LSDH), c'est l'immobilisme. «On nous a dit que La Brenaz libérerait de l'espace et que le nombre de détenus à Champ-Dollon allait baisser à 400. Mais La Brenaz est déjà pleine aujourd'hui et il y a toujours 450 prisonniers à Champ-Dollon», précise-t-il Et de dénoncer l'énorme contradiction des autorités genevoises qui, d'un côté, serrent la vis en matière de criminalité, et de l'autre, refusent de voir en face les conséquences d'une telle politique.«Le problème ce n'est pas les prisons, c'est la politique de répression menée à Genève, qui consiste à arrêter n'importe qui pour n'importe quoi, la longueur des procédures d'enquête et le recours quasi routinier à la détention préventive», lance ainsi Damien Scalia.«Il faut cesser de considérer la détention comme la seule sanction possible, poursuit-il. Certains détenus sont emprisonnés pour des délits mineurs, mais ils ne devraient pas être là. Il faut introduire d'autres mesures pour cela, comme les travaux d'intérêt public ou la surveillance électronique.» 

Les projets

Inscrite dans une planification pénitentiaire qui remonte à 2003, et qui a été passablement bouleversée (voir archives de la presse ci-dessous), la Brénaz est la première bouffée d'oxygène de la prison de Champ-Dollon. Il est prévu dans un deuxième temps de consturire un établissement pour les détenus ayant des troubles psychiatriques. Le Conseil d'Etat soumettra en mars 2008 un projet de loi pour un crédit de construction. 

Un incendie fait deux morts et repose la question de la surpopulation 

De nouveau événements se sont produità la prison préventive genevoise de Champs-Dollon. Le 7 juillet 2006, un incendie s'est déclaré au sein de la prison et a fait deux morts. Le procureur général de l'Etat de Genève a ouvert une enquête pénale pour savoir si une faute a été commise. Une plainte a été déposée par la famille d'un des détenus décédés à l'encontre du directeur de l'établissement - qui reçoit le soutien du Conseiller d'Etat en charge du Département des institutions - ainsi qu'à l'ensemble des collaborateurs concernés par ce drame. Pour les autorités, il n'y a pas de lien entre l'incendie meurtrier et la surpopulation carcérale. A noter cependant que le Tribunal de police a augmenté le nombre de ses auditions. Le 6 juin 2007, la justice a fait savoir qu'après examen du dossier, elle a estimé que la prévention pénale d'homicide par négligence ou d'une autre infraction ne pouvait pas être retenue.

Situation en mai 

Après un troisième jour de débordement dans la prison préventive genevoise, l’attention se porte sur les conséquences néfastes de la surpopulation sur le quotidien carcéral et son organisation. En effet, le taux d’occupation est pour 2005 de 162%, triste record national. Les causes sont à la fois locales, avec un taux croissant de dossiers traités & de condamnations prononcées par la justice genevoise, et nationales, avec 82 détenus (soit 17% de la population carcérale) placés sur une liste d‘attente de transfert vers une prison d’un autre canton. En effet, sur les 122 prisons nationales, 27 affichaient complets et 14 souffraient de surpopulation, un phénomène amorcé dès 2002.

Conséquences

Les conséquences de la surpopulation sont nombreuses et parfois graves. Alors qu’ils devraient impérativement être séparés, des détenus soumis à des régimes différents  cohabitent : les prévenus en cours d’instruction n’ont pas droit au même nombre de téléphones, de visites ou de type de travail que les condamnés. Des mineurs (8%) sont mélangés avec des adultes, et là aussi la cohabitation ne permet pas toujours les meilleures  influences. Par manque de cellules disponibles, les espaces d’infrastructures paracellulaires, comme les ateliers des femmes ou certains parloirs, ont dû être transformés en cellules supplémentaires pour les hommes (93%). Le directeur Laurent Beausoleil ajoute que le personnel est soumis à un stress tel que le risque de burn out est réel.

Pourtant, aucun mineur n'est plus détenu à Champ-Dollon depuis le 20 avril. Ils se trouvent desormais tous à la Clairière, établissement cantonal dévolu au moins de 18 ans.

Débordements à Champ-Dollon

Pas étonnant donc qu’après une pétition adressée début avril aux autorités cantonales, le verre déborde. Ainsi, une centaine de détenus ont défié les autorités pénitentiaires les 30 avril, 1er et 2 mai, refusant de rentrer dans leur cellule après la promenade, se plaignant de certaines conditions de détention. Il y a également eu de la casse, et trois détenus sont portés blessés. Le chef du Département des institutions, Laurent Moutinot, reconnait que la plupart des problèmes découlent de la saturation de la prison. La Ligne suisse des droits de l’homme déposera très bientôt une pétition au Grand Conseil.

Information supplémentaire

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