Le délit de faciès dans la formation policière

Formation de base

Le matériel pédagogique inter-cantonal «Droits de l’homme et éthique professionnelle» élaboré par l’Institut suisse de police, fait partie avec trois autres dossiers («Conduite des engagements de police», «Police de proximité», «Psychologie policière») des matières obligatoires sur lesquelles porte la formation policière de base. Dans le plan d’études, le temps effectif d’enseignement consacré à ces arguments équivaut à 30 séances, ce qui ne représente qu’une très faible proportion par rapport à l’ensemble de la formation policière (à savoir 1200 séances). Le matériel pédagogique contient des notions de base sur les droits humains qui touchent de près le travail policier, comme par exemple l’interdiction générale de la discrimination. Par contre il n’y a aucune information spécifique sur le délit de faciès. Cette thématique est en tout cas traitée de manière implicite dans le matériel pédagogique consacré à la psychologie policière, sous les chapitres «perception» et «catégories sociales».

A l’école de police romande de «Savatan», Lionel Imhof offre, au travers de la formation de base sur la migration, un cours facultatif spécifiquement consacré au délit de faciès.

L’école de police de la Suisse orientale est le seul centre de formation régional qui a intégré la thématique «compétences interculturelles» dans le plan d’études obligatoires de la formation de base. Parmi les objectifs de ce cours, qui a été élaboré et est mené en collaboration avec le Centre de compétence pour les conflits interculturels (TikK), figure une discussion sur les préjugés et sur les stéréotypes. Dans le cadre de ce cours de 16 séances, un module d’enseignement d’une demi-journée et organisé dans une mosquée est aussi prévu.

Formation continue

L’Institut suisse de police offre aux spécialistes du secteur ainsi qu’aux cadres des corps de police de toute la Suisse une manifestation facultative de trois jours sous le titre «Compétences interculturelles dans l’activité policière». Le programme de formation ASPECT est unique dans toute la Suisse. Grâce à ce programme, qui se déroule sur plusieurs jours, les policiers/ères apprennent à détecter leur propre comportement. Le cours vise, entre autres, à leur apprendre à ne pas prendre des décisions sur la base de caractéristiques physiques, mais seulement sur la base du comportement.

Bilan

Il y a dix ans seulement, les thèmes portant sur les droits humains étaient à peine traités dans les cours de formation policière de base (contrairement à ce qui se passait dans les cours de formation continue). Le module «Droits de l’homme et éthique professionnelle», proposé dans le cadre de la formation de base, constitue dès lors sans doute une évolution positive. Cependant, afin de garantir une réflexion plus approfondie et une sensibilisation durable des aspirant-e-s de police, la question du délit de faciès (c’est-à-dire l’explication de son contexte historique, sa définition, les défis, l’impact et les conséquences de cette pratique, ainsi que des exemples choisis) devrait être insérée dans le matériel pédagogique et dans le plan d’études obligatoires. En outre, l’amélioration de la formation de base et de la formation continue, n’est que l’une des mesures qu’il convient d’adopter pour aboutir à une réforme positive de la culture policière. Parmi les autres mesures figurent notamment des réformes au niveau structurel et organisationnel visant à renforcer le dialogue et la réflexion dans le travail quotidien.

14.09.2016