02.02.2026
Appel commun lancé par les juristes progressistes vaudois, la Ligue suisse des droits de l’homme Vaud, la Ligue suisse des droits de l’homme Genève, APPE - accueil PSY et SOCIAL, le Collectif 43m2, le Collectif syndical bas-seuil et humanrights.ch
La surpopulation carcérale préoccupe le canton de Vaud depuis plus de quinze ans. Cette situation a entraîné des détentions illicites dépassant 48 heures dans les zones carcérales de police, régulièrement dénoncées par différentes instances de défense des droits humains.
Pour donner le sentiment d’agir, le Conseil d’État a annoncé cet hiver son intention de créer une zone d’attente carcérale (ZAC) de 60 places supplémentaires. Celles-ci seraient destinées à la détention avant jugement au sein des établissements des Plaines de l’Orbe (EPO). Présenté comme urgent, ce projet doit être soumis au Grand Conseil pour validation le mardi 28 avril.
Estimée à 40 millions de francs, la ZAC apparaît en réalité comme une fuite en avant, permettant d’éviter de s’attaquer à la cause principale du problème: les politiques pénales. Le canton de Vaud recourt bien plus fréquemment que la moyenne suisse à la peine privative de liberté ferme. Il affiche également le taux de détention préventive le plus élevé du pays, ainsi qu’un recours particulièrement important aux peines sans sursis. Le taux de détention y atteint 109 personnes pour 100 000 habitant·e·x·s, contre environ 80 au niveau national.
Depuis 2024, plusieurs études ont mis en évidence l’écart frappant entre ces chiffres et ceux observés dans les cantons alémaniques, malgré un cadre pénal comparable et des tendances criminelles similaires - en baisse de moitié depuis 2010. Le surpeuplement carcéral massif dans le canton de Vaud résulte donc avant tout de choix politiques, portés par l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale. Pourtant le Conseil d’État refuse de reconnaître que la surpopulation carcérale est la conséquence d’une sur-carcéralisation, et non d’un simple manque de places de détention.
C’est à ces causes structurelles que le canton de Vaud doit s’attaquer afin d’engager une réforme de ses politiques pénales et sécuritaires. Une telle démarche permettrait de mettre en œuvre des solutions à la fois plus efficaces et moins coûteuses, ce qui apparaît d’autant plus pertinent dans le contexte actuel où tous les secteurs publics, à l’exception du sécuritaire, subissent d’importantes coupes budgétaires.
À défaut, il est à craindre que la future ZAC soit rapidement saturée, à l’image des autres centres de détention du canton, sans amélioration notable dans les zones carcérales des postes de police. Les dizaines de millions ne produiront aucun effet durable, et la situation de surpopulation restera inchangée. Dans aucun autre domaine de l’action publique des sommes aussi importantes ne seraient engagées sans preuves solides de l’efficacité de la politique menée, dont l’objectif est pourtant ici de protéger la société, réduire la criminalité et lutter contre la surpopulation carcérale.
Les auteur·e·x·s et signataires de cette lettre ouverte appellent les député·e·x·s vaudois·e·x·s, amené·e·x·s à se prononcer sur ce crédit d’investissement, à refuser ce projet de ZAC et à initier une réforme ambitieuse et cohérente des pratiques et des politiques pénales cantonales.

