Tronquant de la vérité, Blocher donne une fausse image de l’asile

A l’occasion de son discours du 20 janvier 2006, tenu à l’occasion de la 18eme soirée de l’UDC zurichoise au stand de tir de l’Albisgüetli à Zürich, le conseiller fédéral Christoph Blocher a interprété de façon distordue le dénouement d’une requête d’asile par un verdict rendu par le Tribunal fédéral. Plus de deux mois plus tard, il s'excuse efin.

Afin de démontrer l’utilité de la révision de la loi sur l’asile à son audience, le conseiller fédéral a pris quelques exemples, notamment celui de deux Albanais ayant déposé une demande d’asile en 2004. Recherchés pour des crimes (vols à main armée, assassinat, kidnapping, hold up), l’Office fédéral des migrations (ODM) s’est rapidement prononcé sur les deux cas et leurs demandes sont rejetées. Et Monsieur Blocher continue: « Vous convenez qu’il s’agit ici d’un cas résolu. Ce n’était pas l’avis de la Commission suisse de recours en matière d’asile qui a admis le recours de ces deux criminels. Ainsi, on a fait des réfugiés de deux personnes accusés de crimes. Je me dois de compléter cette histoire. La décision avait été prise en dernière instance. Le Tribunal fédéral a ordonné la libération de ces deux individus, le remboursement des frais d’avocat, d’interprétation et de traduction et l’indemnisation des intéressés. Même si la nouvelle loi sur l’asile est adoptée par le peuple, notre mission continue, car le droit d’asile contient encore des lacunes comme nous l’a montré le dernier exemple.»

Le quotidien bernois « Der Bund » (édition du 25 janvier 2006) s’est penché sur ce cas et a vérifié la décision du Tribunal fédéral. Il est clairement établi que les crimes imputés aux deux hommes n’ont jamais pu être prouvés : pendant le procès, les preuves étaient falsifiées, les témoins menacés par la police et les armes du crimes déposées dans l’appartement des prévenus par les services secrets albanais. Pour le Tribunal fédéral, l’indépendance des tribunaux albanais n’est souvent pas garantie et, dans de telles circonstances, les autorités compétentes auraient dû en tenir compte.

Actualisation le 4 février: dérogeant à la règle de silence que s'imposent les juges du Tribunal fédéral, son président Giusep Nay a qualifié dans les média d'"inacceptable" la façon dont le conseiller fédéral a tronqué les faits (cf article ci-dessous).

Actualisé le 30 mars 2005