Réactions suisses à l’escalade de la violence au Proche-Orient – débat sur la neutralité

Le Conseil fédéral a décidé d'accorder un crédit supplémentaire aux victimes du conflit au Proche-Orient, explique un communiqué du département fédéral des affaires étrangères (DFAE) le 6 septembre 2006. La somme de 15 millions vient ainsi complémenter les 5 millions alloués le 26 juillet dernier au Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Ce crédit permettra d'aider le retour de nombreuses personnes réfugiées, mais aussi de combler les immenses besoins en hébergements des personnes déplacées suite au conflit, en particulier pour les femmes, les enfants et les jeunes. Un tiers de la somme est réservée aux personnes réfugiées dans le Territoire palestinien occupé.

Réactions pendant le conflit 

Dès le lendemain du déclanchement des hostilités, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a condamné la réaction disproportionnée des forces militaires israéliennes au Liban, de même que les agressions du Hezbollah à la frontière d’Israël. C’est en effet suite à l’enlèvement de deux soldats israéliens par des milices du Hezbollah, le 12 juillet 2006, qu’Israël a commencé à bombarder des sites stratégiques du Liban, d’où opère le groupe armé, y compris des infrastructures civiles. Les opérations ont dramatiquement escaladé, provoquant la mort de centaines de civils (notamment dans le village sud-libanais de Cana le 30 juillet) et la fuite de centaine de milliers d’habitants.

Le Conseil fédéral a tenu une séance extraordinaire le 26 juillet, à l’issue de laquelle la ministre Calmy-Rey a annoncé que la Suisse limiterait son engagement dans le conflit au Proche-Orient à l’aspect humanitaire - cinq millions de francs ont été versé au Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Le gouvernement s’est engagé en faveur d’une solution diplomatique dans le cadre de l’ONU.

La section suisse d’Amnesty International a adressé le 8 août une lettre ouverte au Conseil fédéral au sujet du conflit au Liban et en Israël. L'organisation lui demande d'une part de s'engager pour obtenir un accord en faveur d'un cessez-le-feu, d'autre part l'arrêt urgent de livraison d'armes à Israël – requête déjà faite par le GSsA (groupe pour une Suisse sans armée), les Verts et les socialistes.

Un mois après l'éclatement de la crise, le 12 août, le Conseil de sécurité a adopté une résolution sur la situation au Liban, base d'un cessez-le-feu accepté par les deux partie le lendemain. Le DFAE a salué cette démarche, et entend poursuivre son aide humanitaire.

Débat sur la neutralité

Suite à sa session extraordinaire (26 juillet 2006), le Conseil fédéral a demandé au ministère des affaires étrangères (DFAE) de produire un rapport sur la neutralité de son action dans le conflit au Proche-Orient. Le gouvernement suisse n’a en revanche pas tranché la question de savoir si le conflit en cours au Proche-Orient est une guerre entre Etats (Israël – Liban), comme l’a qualifié du point de vue du droit international humanitaire le président du CICR, ou une guerre entre un Etat et un groupe armé (Israël – Hezbollah), ou conflit asymétrique.

En effet, les prises de position de la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, critiquée par l’UDC, ont provoqué un débat sur la neutralité suisse. Si le Conseil fédéral a abandonné en 1993 le principe de neutralité dite intégrale, l’approche active de la neutralité, fondée sur les conventions de Genève dont la Suisse est le dépositaire est celle que défend la cheffe de la diplomatie suisse : « En cas de violation des Conventions de Genève, l’Etat dépositaire que nous sommes a le devoir de les dénoncer », déclarait la ministre au Temps le 2 août. Diplomate à la retraite et spécialiste de la région, Edouard Brunner relevait que la ministre n’avait pas porté de jugement sur le conflit lui-même. En ce qui concerne le respect du droit international humanitaire, « il n’est pas question de neutralité. La Suisse a le droit de s’exprimer ».

11.08.2006