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Définitions

12.10.2022

Il n’y a pas de définition universelle et absolue du racisme et la signification de ce terme fait l’objet de nombreux débats. En effet, s’il est possible de distinguer un sens large et un sens strict, ces derniers sont souvent confondus ou utilisés à tort.

Notion classique du terme (sens strict)

Sont considérées comme racistes les idéologies qui classent et hiérarchisent l’être humain en différentes «races biologiques» comportant des caractéristiques mentales génétiques.

L’idéologie «classique» du racisme, qui se fonde sur des considérations biologiques pour établir une hiérarchie entre les êtres humains de manière pseudo-scientifique en fonction de la «race» dont ils et elles ont hérité génétiquement, a été largement discréditée depuis l’Holocauste. Cette idéologie du racisme était prédominante à l’époque du colonialisme et de l’impérialisme européens et a perduré après la Seconde Guerre mondiale. Cette idéologie pseudo-biologique a servi de justification au colonialisme, à l’esclavage, ainsi qu’aux crimes nazis et aux régimes de l’apartheid.

Notion générale du terme (sens large)

Le racisme désigne la hiérarchisation, soit délibérée, soit non consciente, de personnes ou de groupes de population ancrée dans les structures ou les dynamiques sociales et les institutions, qui induit ou entretient des rapports de domination, des situations d’exclusion et des privilèges. Le racisme n’est aujourd’hui plus fondé sur une argumentation biologique, mais culturelle: on tend davantage à invoquer l’idée d’irréductibilité et d’incompatibilité de certaines spécificités culturelles, nationales, religieuses, ethniques ou autres (Wieviorka, 1998, p. 33).

La définition proposée par le sociologue français Albert Memmi lors des différents débats a suscité beaucoup d’intérêt: «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression ou un privilège». (Albert Memmi, Gallimard, 1982).

Le terme «race»

La «race» au sens de l’idéologie raciste, selon laquelle il y a une hiérarchie des groupes humains fondée sur la nature, n’existe pas. L’idéologie raciste produit et diffuse cependant ce terme afin de rationaliser la domination de groupes sociaux sur d’autres.

Si certains États refusent d’utiliser ce terme, le monde anglo-saxon a depuis les années 20 utilisé la notion de «race» pour renvoyer à une construction sociale et politique, fondée sur des attributs phénotypiques, à partir de laquelle se jouent des rapports entre groupes raciaux, aussi appelés «relations de races» (Wieviorka, 1998, p. 26). Employée pour souligner l’historicité et la construction sociale de la «race», la notion de «racialisation» désigne le processus de classification des individus dans des groupes hiérarchiquement ordonnés en fonction de caractéristiques réelles ou qui leur sont attribuées. Le terme «race» peut être utilisé au singulier lorsqu’il désigne un rapport de pouvoir qui structure la place sociale assignée à un groupe au nom de son origine (géographique, culturelle ou religieuse).

Comme la plupart des législations européennes, la Constitution suisse emploie le terme de «race». La Confédération précise qu’il ne renvoie pas à une catégorie biologique et argumente que l’abandon de cette notion risquerait de remettre en question l’existence même du racisme et de la discrimination raciale en tant qu’expériences concrètes vécues par les victimes, et donc la nécessité de combattre ces phénomènes.

Notion juridique

Le droit n'apporte pas non plus de définition homogène et formelle du racisme. Proche de la pratique juridique, le concept de «discrimination raciale» est entendu comme un traitement inégal, une remarque ou un acte de violence commis dans l'intention de rabaisser une personne sur la base de son apparence physique («race»), de la langue parlée ou de son appartenance à une ethnie, une nationalité ou une religion. La norme pénale contre les discriminations raciales ne punit pas toutes les formes de racisme. Elle se limite à l’incitation à la haine, à la propagation d’une idéologie visant à dénigrer ou à rabaisser systématiquement une personne ou un groupe, aux insultes racistes, gestes, voies de fait ou tout autre comportement raciste portant atteinte à la dignité humaine, à la négation, minimisation ou justification d’un génocide et d’un autre crime contre l’humanité et au refus d’une prestation destinée à l’usage public.
La discrimination raciale désigne à la fois un processus et son résultat: elle s’exprimer dans tous les domaines de la vie sociale, dans l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, au logement, sur les lieux de travail, dans les associations et syndicats, ainsi que dans le fonctionnement de la justice et de la police (Wieviorka, 1998, p. 64).

Racisme et colonisation

Née au XIXe siècle en Europe, l’idéologie du colonialisme prône l’exploitation par une puissance politique de territoires et de personnes considérées comme «sous-développées» économiquement, technologiquement et culturellement. Pour justifier la colonisation, les empires coloniaux ont inventé des hiérarchies en fonction de critères plus ou moins définis tels que les langues, «ethnies», «race», religions, etc. Le caractère mondial, la durée et la force d’influence du colonialisme européen ont permis d’ériger la conception bourgeoise de la justice en «droit de l’homme» et le capitalisme en norme économique. La mise en exploitation des côtes africaines a réduit des millions de Noir·e·x·s en esclavage.

La Suisse ne possédait pas de colonies. Protégée par les puissances coloniales, elle a toutefois profité du colonialisme pour asseoir sa position économique dans le monde. Des ressortissant·e·x·s et des entreprises suisses ont ainsi participé à la traite à presque toutes les étapes du processus, notamment en apportant le capital nécessaire aux expéditions, en détenant les actions de compagnies européennes et en participant à la gestion politique des sociétés coloniales.

La décolonisation débute à la fin de la 2ème Guerre Mondiale, après de nombreuses révoltes et une lutte organisée. Le rythme de la décolonisation a varié en fonction des objectifs et des méthodes appliquées par les puissances colonisatrices ainsi que selon le contexte géopolitique régional. La fin de la période coloniale n’a toutefois pas mis un terme à l’oppression et à l’exploitation des territoires colonisés: la domination a pris de nouvelles formes. Le néo-colonialisme désigne une situation de dépendance réelle d’un État vis-à-vis d’un autre, sans que celle-ci soit formelle, juridique et politique. La dépendance peut être économique - en lien avec les entreprises et les flux de capitaux -, culturelle - par une hégémonie du cinéma, de l’art et de la littérature - ou encore scientifique - notamment à travers le monopole des brevets.

Des formes de racisme

Racisme interpersonnel

Si les incidents racistes interpersonnels sont largement influencés par un contexte institutionnel, ce sont aussi des individus qui sont à l’origine de mesures administratives, de l’application de la loi, et qui perpétuent des préjugés et des actions racistes. Le racisme dit «moral», ou «intentionnel», ou «primaire» relève d’individus qui commettent des actes ou tiennent des propos haineux à l’encontre d’autres personnes, sur base de leur couleur de peau, origine, ethnie, ascendance ou nationalité parce qu’ils ont des préjugés ou cultivent des stéréotypes, un sentiment ou une idéologie de supériorité plus ou moins explicite.

Racisme structurel ou systémique

Le racisme n’est pas uniquement le produit d’opinions individuelles, mais est également ancré dans les relations sociales et l’organisation de la société, des institutions et de l’État. Ainsi, il peut donc être qualifié de «systémique», ou encore de «structurel», «institutionnel » ou «de domination». Ce concept insiste sur les pratiques qui assurent la reproduction de la domination, et non sur les idéologies; aussi, il se distingue du racisme d’État renvoyant aux législations explicitement racistes, telles que le système d’apartheid qui avait cours en Afrique du sud jusqu’en 1991. Le racisme institutionnel s’inscrit dans des mécanismes routiniers assurant la domination et l’infériorisation de catégories de la population sans que personne n’ait besoin de les théoriser, et constitue ainsi un système généralisé de discriminations qui s’alimentent (Wieviorka, 1998, p. 27-28).

Racisme ordinaire

Les formes d’expression routinières du racisme, tout comme le silence et l’inaction face au racisme peuvent être involontaires. Le fait que les idéologies soient intériorisées ne signifie toutefois pas que le racisme n’est plus intentionnel.

Les discriminations sous le prisme de l’intersectionnalité

Il y a discrimination intersectionnelle lorsque plusieurs formes d’exclusion interagissent et engendrent une discrimination qui, sans cette interaction, ne se produirait pas. Le concept d’intersectionnalité a pour objectif d’éviter les analyses qui catégorisent un groupe selon un seul rapport de pouvoir – la race ou le genre, la race ou la classe – et d’articuler l’imbrication de ceux-ci. Une femme noire connaît p.ex. des rapports de domination qui s’imbriquent entre la race et le genre qu’une femme blanche n’expérimentera jamais.

Les conséquences du racisme

Le racisme se manifeste par des préjugés, des stéréotypes ou des (micro-)agressions; un «othering», un mécanisme par lequel les personnes sont construites et jugées comme «autres»; des formes de discrimination institutionnelle et structurelle, et de discrimination directe ou indirecte; des infractions à caractère raciste (crime de haine / «hate crime»); des propos ou des écrits incitant à la violence, à la haine ou à la discrimination (discours de haine / «hate speech»).

Le racisme génère et entretient des discriminations, notamment dans le domaine du monde du travail, du logement, de la justice, de la santé et de l’éducation. Lors de sa visite en Suisse en janvier 2022, le groupe de travail d'expert·e·s de l'ONU sur les personnes d'ascendance africaine s'est inquiété de la situation de racisme systémique associée à une culture du déni. Pour les personnes concernées, la réalisation des besoins fondamentaux que sont la reconnaissance, l'appartenance et la sécurité est bien plus compliquée: être constamment confronté·e·x à ces discriminations est extrêmement fatiguant et déclenche souvent des émotions négatives telles que l'impuissance, la colère, la peur et le stress.

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