Visite en Suisse du rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme 

Le Rapport Préliminaire est rendu public. La Suisse « connaît une situation de racisme, de xénophobie et de discrimination » dénonce Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme au terme de sa visite de cinq jours dans le pays, notamment au Tessin, à Neuchâtel et à Bâle-Ville. Il s’est entretenu avec des représentants des autorités cantonales, des communautés étrangères (africaines, balkaniques, juive et asiatiques), religieuses, des syndicats et autres acteurs de la société civile. A Berne, il a rencontré les conseillers fédéraux Pascal Couchepin et Christoph Blocher. Son rapport provisoire sera soumis en mars, à la prochaine session de la Commission des droits de l’homme (le rapport final étant prévu pour 2007).

Le rapporteur spécial dénonce une absence de volonté politique au sommet de l’Etat: en effet « plus on monte dans la hiérarchie, plus les politiciens cherchent à dédramatiser la situation », dit-il. Contrairement à la plupart des pays, la Suisse ne dispose pas d’une véritable législation contre le racisme et les voies de recours sont quasi inexistantes : si la Suisse a créé des institutions et des commission pour s’occuper des questions liées au racisme, ces instances n’ont ni les moyens, ni l’autorité pour changer la situation.

« La tendance marquée de criminaliser les questions relatives à l’immigration et à l’asile, le traitement de ces question d’un point de vue strictement sécuritaire, sont des indicateurs troublants ». Le rapporteur spécial a encore relevé le haut niveau de violence verbale et physique au sein de la police et souligné que le racisme concerne surtout les Africains noirs. A noter que ses critiques rejoignent celles du commissaire européen aux Droits de l’homme, Alvaro Gil-Robles, venu en Suisse en décembre 2004.

Le rapporteur spécial avait décidé de se rendre en Suisse après le Brésil et le Japon et avant la Russie, parce que le nombre de votations organisées sur la thématique des étrangers l’avait intrigué. Frappé par les campagnes xénophobes précédant certaines votations (il a notamment discuté de l’affiche UDC montrant des mains basanées cherchant à attraper des passeports dans un panier), inquiet que la rhétoriques des partis d’extrême droite déteignent sur certains partis démocratiques, Doudou Diène s’est vu dire par le porte parole de l’UDC, Roman Jäggi, qu’il n’avait « pas compris grand-chose à la Suisse et son système politique », qui ajouta : « J’accepte qu’un représentant de l’ONU nous fasse des critiques (…) mais c’est quand même le comble que ces remarques viennent d’un Sénégalais ». Le Département fédéral des Affaires Etrangères déplore ces propos.

Information supplémentaire

23.03.2006