Participation suisse au barrage Ilisu contestée (1ere partie)

Le Conseil fédéral a finalement octroyé à 4 entreprises suisses, le 28 mars 2007, l'assurance définitive contre les risques à l'exportation (GRE) pour leurs livraisons et fournitures de services d'ingénierie pour la centrale hydroélectrique d'Ilisu, dans le sud-est de la Turquie. Organisation de politique de développement, la Déclaration de Berne (DB) a fortement critiqué la décision du Conseil fédéral, qu’elle estime s’être plié à la pression du gouvernement turc et des intérêts particuliers de certains exportateurs suisses. Elle remarque également que les discussions n'ont pas été finalisées avec les pays voisins, dont l'Irak (ats, 25.04.07, l'article n'est plus disponible en ligne). Une visite sur place en octobre 2007 confirme ses inquiétudes et révèle l'existance d'expropriations inllégales et d'indemnisations misérables alors que les accords ne sont pas encore finalisés. 

Conditions respectées, selon le Conseil fédéral

Afin de garantir le respect des directives applicables de la Banque mondiale, les agences nationales suisse, autrichienne et allemande avaient convenu de 150 conditions dans les domaines de l'environnement, des déplacements de population, des biens culturels et des pays limitrophes qui doivent être respectées par le maître d'ouvrage, explique le Département fédéral de l’économie (DFE) dans son communiqué. Ces mesures ayant été mises en œuvre de manière satisfaisante, le Conseil fédéral a consentit à octroyer la GRE. Durant la phase ultérieure de construction, la mise en œuvre des mesures sera par ailleurs surveillée par un comité d'experts.

Mesures jamais respectées, selon la DB

«Jusqu'à présent, la Turquie n'a mis en œuvre aucun des standards internationaux requis». S’exprimant au nom des personnes concernées et des défenseurs de la société civile, la DB s’inquiète des conséquences pour les 50'000 personnes affectées par le projet. D’après ses informations sur place, aucune des cent conditions nécessaires n'a été visiblement satisfaite. L’organisation se méfie également des rapports à venir d'une commission d'experts où ne figurent ni ONG, ni représentant des ‘personnes concernées’. La DB estime en outre que la Suisse n'applique au barrage d'Ilisu ni les standards valables en Suisse, ni ceux auxquels elle a souscrit internationalement. La DB critique aussi que le catalogue de mesures d'amélioration du projet, négociées avec la Turquie à la fin du mois de décembre, soit toujours tenu secret.

En octobre 2007, la DB constatait d'ailleurs que le gouvernement turc avait commencé à évacuer les premiers villages, sans offrir d'autres alternatives de logement aux habitants, qui ne doivent se résoudre à accepter des indemnisations misérables. Les conditions des agences de crédit à l'exportation n'étant pas respectées, une plainte a été déposée par les habitants, et le chef de village d'Ilisu a écrit une lettre de protestation aux autorités suisses.

    Contestation 

    Malgré la remise d'une petition de 37'000 signatures remise le 12 décembre 2006 par les ONG aux autorités suisses, celles-ci décidaient le 15 décembre de donner leur "accord de principe, sous réserves de certaines conditions", pour des garanties contre les risques à l'exportation concernant les entreprises impliquées dans la construction du barrage Ilisu, en Turquie. 

    Début août 2006, le chef de l'Etat turc Recep Erdogan avait posé la première pierre du projet controversé du barrage d'Ilisu, dans le sud-est anatolien. Des milliers de gens de la région ont protesté, inquiets des problèmes non résolus qui découleront de la construction et des conséqunces sur le fleuve Tigris. Le Conseil fédéral doit encore décider, fin septembre, s'il accordera une garantie des risques à l'exportation à l'entreprise suisse participante. Le Déclaration de Berne a entrepris une action 'carte postale' à l'attention de la Conseillère fédérale Doris Leuthard, responsable du Département de l'économie. 

    • Action Carte Postale français / allemand (plus de choix de cartes postales)
      Déclaration de Berne, 1er septembre 2006

    Contexte 

    Le projet du barrage d’Ilisu est l’un des 22 prévus par la Turquie dans le sud-est anatolien, chantier gigantesque auquel participent des entreprises suisses. Si le méga-barrage devrait couvrir les besoins de 2 millions d’habitants pendant une cinquantaine d’années, il nécessitera également le déplacement de quelques 55'000 personnes, le sacrifice de 10'000 ans d’histoire - avec notamment le site archéologique de Hasankeyf - et la destruction d’écosystèmes précieux.

    La Déclaration de Berne (DB) a accompagné les maires de la région touchée par le barrage au cours de la halte suisse, les 15-16 mai 2006, de leur tournée européenne. Reçus au Ministère des affaires étrangères (DFAE), ils ont dénoncés les atteintes environnementales, culturelles et sociales du projet. La DB a appelé le Conseil fédéral à continuer à refuser la garantie des risques à l’exportation (GRE) demandées par les entreprises helvétiques. (La GRE permet aux entreprises établies en Suisses et inscrites au registre du commerce de s'assurer contre les risques à l'exportation, une possibilité que les assureurs privés n'offrent pas ou peu).

    Un groupe de partisans formés de politiciens et représentants de l’économie turcs ont expliqué au DFAE que le barrage est indispensable à la survie économique d’Ilisu, une région pauvre. Les ingénieurs d’entreprises suisses sont d’avis que le barrage se fera, avec ou sans les Suisses, qui eux, au moins, se tiendront à des normes respectables de l’environnement.

    • Le gouvernement évalue les risques du barrage d'Ilisu
      Swissinfo, 18 août 2006
    • Soutenez la population locale (la pétition n'est plus accessible en ligne)
      Déclaration de Berne, 18 août 2006
    • Le barrage d’Ilisu au centre de la controverse en Suisse
      Swissinfo, 15 mai 2006
    • La Suisse hésite à se mouiller pour le barrage de l'Ilisu (cet article n'est plus accessible en ligne)
      Le Courrier, 16 mai 2006
    • Controverse au barrage d’Ilisu
      Info sud/ Tribune des droits humains, 16 mai 2006
    • Le refus des populations locales (ce contenu n'est plus accessible en ligne)
      Déclaration de Berne, 17 mai 2006

    Information supplémentaire

    15.12.2006