Barrage d’Ilisu (2eme partie): retrait définitif de la Suisse

Le Conseil fédéral et l’assurance contre les risques à l’exportation (SERV) ont annoncé, conjointement avec les agences allemande et autrichienne, leur retrait définitif du projet de barrage sur le Tigre le 7 juillet 2009. En effet, c’est à cette date que l’ultimatum soumis à la Turquie arrivait à échéance. Les organisations impliquées dans la campagne internationale « Stop Ilisu », telle que la Déclaration de Berne, se félicitent de cette décision.

Conditions pas remplies

Ankara n’a pas rempli les conditions standards en matière d’écologie, de déplacement de population et de protection de biens culturels fixées par la Banque mondiale, qu’associaient au contrat de l’octroi garanties des risques à l’exportation les pays soutenant le projet tels que la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche. Les opposants à la construction du barrage ont rappelé en mai 2009 encore, que la Turquie n’avait pas prévu le relogement complet des 60'000 personnes déplacées par la construction du barrage (quelques 190 villages) ni rien entrepris pour la sauvegarde de la ville antique de Hasankeyf, site historique et actuellement candidat au patrimoine mondial de l’UNESCO. Robert Goodland, l’expert de la Banque mondiale, estimait en mai 2009 que le projet ne satisfaisait pas aux standards fixés par la Banque mondiale.

Réactions et conséquences

Si la décision n'a pas été facile à prendre pour le Conseil fédéral, selon les dires de la ministre de l'économie, elle est généralement acceptée en Suisse. Membre de la Commission de l’économie et des redevances au National, Christophe Darbellay (PDC/VS) affirme qu'«il était impossible de faire autrement. L’économie sans morale et sans éthique n’est pas défendable.» Selon Christine Eberlein, de la Déclaration de Berne, ce retrait est un acte sans précédant : « Pour la première fois, la protection des personnes, des biens culturels et de l’environnement obtient la priorité face aux intérêts économiques à court terme ».

Les conséquences de ce retrait ne sont pas négligeables pour Ankara, qui a protesté officiellement contre cette décision, puisqu’il représente un tiers du coût du barrage. De plus, il rendra à la Turquie le bénéficie d’autre prêt de la part de l’Union Européenne pour la construction de barrage impossible. Les entreprises de construction suisses – dont les entreprises suisses Alstom, Colenco, Maggia et Stucky – avaient reçu fin mars 2008 du Conseil fédéral la promesse de garanties sur les crédits à l'exportation pour un montant de 225 million de francs. Rien ne les empêche de poursuivre le projet, mais ce serait sans garanties de la part de la Confédération. La construction phraonique risquera par ailleurs de se réaliser par l'intermédiaires d'entreprises étrangères, moins regardantes en ce qui concerne son impact humain ou environnemental.

Suspension des garanties européennes fin 2008

Ce retrait n’est pas une surprise. Fin 2008, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche avaient déjà suspendu leurs garanties à l’exportation car Ankara ne suivait pas la feuille de route correctement. Un ultimatum de 180 jours avait été alors fixé à la Turquie. La société civile se mettait en place et organisait une campagne de protestation massive. La DB s’était engagée contre la construction de ce barrage et avait communiqué ses inquiétudes au Conseil fédéral à plusieurs reprises, plaidant pour plus de cohérence de la part de la Confédération et soutenant que la crédibilité Suisse était en jeu.

Des rapports très critiques

Depuis le lancement du projet en 2005, le barrage d’Ilisu a toujours été sujet à la controverse. Le premier rapport d’experts datant de l’été 2007 avait déjà montré les nombreuses lacunes turques dans l’élaboration du projet. Suite à ce premier rapport désastreux, de nombreuses ONG, dont la DB, avaient exigé des trois pays soutenant le projet, la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, qu’ils retirent leurs garanties à l’exportation. Un an plus tard, en été 2008, les experts publiaient un deuxième rapport, peu encourageant. Les trois pays avaient fixé des normes écologiques, sociales et culturelles, qui n’avaient pas été satisfaites.

Suite à ces rapports accablants, à la pression publique, à l’accord d'un délai de six mois, et malgré quelques des améliorations de la part du gouvernement turc, les agences de garanties des risques à l’exportation des trois pays européens ont donc décidé d’un commun accord de se retirer définitivement du projet.

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08.07.2009