Suisse – Afrique du Sud : quand le commerce prime sur les droits humains

"Frustrés", "scandalisés", "amers" sont les historiens qui ont participé au rapport sur les relations en la Suisse et l'Afrique du Sud durant l'aparthied par le manque de réactions des politiciens. En effet, fin janvier, la commission de la politique de sécurité du Conseil fédéral décrétait que ce débat ne constituait pas une priorité pour les deux années à venir...

La Suisse a soutenu massivement le régime raciste de l’apartheid  en Afrique du Sud malgré l’embargo sur les commerces d’armements déclaré par l’ONU. C’est, en résumé, ce qu’a présenté fin octobre le Programme de recherche du Fonds national suisse sur les relations entre la Suisse et l’Afrique du Sud entre 1948 et 1994 a présenté ses travaux fin octobre.

«Pour condamner le pays de l’apartheid, l’ONU et le mouvement antiapartheid se référaient aux droits de l’homme, soit au droit international. En revanche, pour les autorités suisses, le droit national et en particulier la liberté du commerce et de l’industrie s’appliquaient et autorisaient des relations économiques étroites avec les pays proscrits », déclare le professeur Georg Kreis qui présidait l’étude. Ainsi, alors que l’industrie d’armement suisse détournait largement l’embargo de l’ONU au moment même où les violations des droits de l’homme atteignaient leur paroxysme (en particulier dans les années 80), l’administration fédérale a, au mieux, fermé les yeux. Pour Peter Hug, historien et chercheur à l’Université de Berne, il n’y avait en Suisse aucune volonté politique d’empêcher l’Afrique du Sud de se doter de l’arme nucléaire. Ainsi, les sociétés Sulzer et VAT ont livré des composantes pour l’enrichissement de l’uranium. Outre Oerlikon-Bührle, de nombreuses autres usines ont livrés des canons et autres armes à l’Etat de l’apartheid. Peter Hug a par ailleurs dénoncé les obstacles placés devant les chercheurs par le Conseil fédéral qui a imposé un embargo sur certains archives.

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06.02.2006