Débats autour du boycott de la Conférence d’examen de Durban

Dès le début des séances de préparation de la Conférence d’examen de Durban qui aura lieu en avril 2009 à Genève, des organisations d’obédience juive, mais aussi d’autres ONG, ont lancé un appel à la boycotter par crainte qu’elle ne formule des positions anti-israéliennes, voire antisémites. Très rapidement, avant même le début du processus de préparation lié au contenu, le Canada et Israël avait annoncé leur non-participation – le Canada en janvier 2008 déjà, et Israël en novembre 2008.

Campagne internationale appelant au boycott

Depuis le début du processus de préparation de la Conférence d’examen, une campagne internationale coordonnée appelle les Etats occidentaux, et en particulier les USA, l’Australie et les pays de l’Union Européenne, à se tenir d’emblée à distance de la Conférence.

Menaces de retraits

La campagne a mené ses fruits en ce sens que divers Etats occidentaux ont, pendant les séances de préparation, utilisé la menace de leur retrait comme joker pour influencer le document de la Conférence selon leurs vues. Ainsi, les USA ont annoncé le 27 février 2009 qu’ils ne participeraient pas à la Conférence, à moins que le texte ne soit drastiquement changé. La position américaine souhaite qu'aucune mention d'Israël soit faite dans le texte et que toutes les références à la controverée diffamation des religions soient effacées; de plus le gouvernement américain refuse catégoriquement tout payement pour l'esclavage transatlantique. En mars 2009, c’est l’Italie qui menaçait de non-participation si le texte n’était pas drastiquement changé. Et l’Australie n’a toujours pas pris de décision – sans pour autant avoir pris part aux séances préparatoires. Mi-mars, la France et le Royaume-Uni ont également mis des conditions quant à leur participation.

Proposition d’un texte consensuel

Suite à ces pression, le présidium du processus préparatoire de la Conférence a issu, le 17 mars 2009, une version complètement remaniée du texte. Dans cette proposition, aucune mention n’est faite de l’Etat d’Israël et il n’est fait d’allusion ni à la diffamation des religions, ni à des payements réparatoires pour l’esclavage transatlantique. En riposte, tous les passages liés à la protection des homosexuels et transsexuels ont disparus du texte. Reste à voir si ces changements ramèneront les pays occidentaux à la table des négociations.

Suisse en faveur d’une coopération constructive

Jusqu’à ce jour, la délégation suisse a activement participé aux travaux préparatoires. Le Conseil fédéral se réserve pourtant l’option de renoncer à participer si le texte de la Conférence devait outrepasser des limites rouges. : l’introduction du concept de « diffamation des religions », un jugement unilatéral d’Israël, des payements réparatoires pour l’esclavage transatlantique ou une dilution des normes internationales existantes en matière de lutte contre le racisme.

Toutefois, des voix plaidant pour un « boycott-à priori «  se font aussi entendre en Suisse. Ainsi, la Société Suisse-Israël, la Communauté Israélite et la Plateforme des Juifs Libéraux de Suisse demandent au Conseil fédéral que la Suisse renonce à sa participation. D’un autre côté, la Haut-commissaire pour les droits de l’homme Navanethem Pillay est venu plaider auprès de la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey pour une participation active de la Suisse à la Conférence.

Le 8 avril, la Suisse a exprimé son soutien au projet de document final. Lors d'une réunion préparatoire, Muriel Berset-Kohen, représentante du  Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), s'est élevée contre des propositions d'amendements et a déclaré: "La Suisse considère ce projet comme un bon document. Il pourrait être en l'état le document final de la conférence".

Sollicitée par la Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, pour présider la conférence de l'ONU contre le racisme, la Suisse a répondu par la négative. Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) explique cette décision par le fait que le projet de déclaration finale n'étant pas définitif et sa participation n'étant ainsi pas absolument assurée. Par ailleurs, Navi Pillay a fait une demande similaire à bon nombre d'autres Etats. 

Arguments en défaveur d’un boycott

Heiner Bielefelt, de l’Institut allemand des droits humains, a exposé en mars 2009 les raisons pour lesquels l’Institut voyait le boycott comme un chemin sans issue pour ce qui est d’un engagement complet en faveur de la lutte contre la discrimination raciale. Il n’exclut d’ailleurs pas un certain risque politique pour les participants, que des expressions antisémites soient articulées pendant la Conférence.

Pourtant, avec un boycott avant même le début de la Conférence, le risque d’affaiblissement de la cause de la lutte contre le racisme en particulier, et celle de la protection des droits humains en général, serait bien plus grand. Les pays occidentaux donneraient un faux signal aux Etats ayant de graves violations des droits humains, qui pourraient profiter de cette division apparente. Justement parce que la thématique du racisme représente une des plus importantes violations des droits humains dans les pays occidentaux, ceux-ci doivent se montrer ouverts dans le débat et face à la crédibilité des autres Etats.

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