Pauvreté chez les personnes âgées: entre tabou et préjugé

La pauvreté est une réalité pour un certain nombre de personnes  à la retraite en Suisse. Bien sûr, elle n’est pas comparable à celle d’autrefois, car les acquis sociopolitiques ont donné une sécurité matérielle élevée à la majeure partie des personnes à la retraite. La fondation Pro Senectute a publié une étude à ce sujet en mai 2009.

Réalité cachée, préjugés, et isolement

L’étude de Pro Senectute « Vivre avec peu de moyens. La pauvreté des personnes âgées en Suisse » montre une réalité souvent refoulée: en Suisse, c’est précisément dans la tranche d’âge des plus de 60 ans que les revenus et les fortunes sont le plus inégalement répartis. Environ 12% des rentières et rentiers AVS sont tributaires des prestations complémentaires et l’on estime que trois à quatre pourcents de la population âgée reste pauvre malgré les prestations complémentaires. Dans une étude démontant les préjugés liés à la situation économique des personnes âgées, le Prof. Rehberg souligne qu'en Suisse, "entre 2000 et 2007 le nombre de rentiers AVS qui ont dû recourir aux prestations complémentaires a augmenté modérément, mais continuellement d’environ 8%" - une augmentation plus marquée chez les femmes que chez les hommes. Il explique aussi que les inégalités entre générations sont négligeables en comparaison des inégalités dans la même génération: "Les inégalités économiques(...) sont plus grandes pour les personnes retraitées que pour les personnes en activité, indépendamment de la situation familiale des personnes testées". Outre des restrictions au quotidien, cette situation entraine de nombreux seniors à l'isolement .

Motions découragées

À l'heure où l'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale 2010 se prépare, deux motions parlementaires allant dans le sens d'une amélioration de la situation de pauvreté de cette tranche de population sont en cours, déposées en juin 2009. D'une part, la motion Heim sur les effets de seuils demande que certains contribuables qui n'ont en principe pas droit aux prestations complémentaires se retrouvent, après déduction des impôts (fédéral, cantonal et communal), en dessous du minimum vital admis pour toucher ces prestations. Dans sa réponse du 18 août 2009, le Conseil fédéral propose de rejeter la motion. D'autre part, la motion Leutenegger Oberholzer demande, dans le cadre de cette Année européenne, à ce que le Conseil fédéral prenne en considération toutes les formes de pauvreté qui existent en Suisse: en plus de la lutte contre la pauvreté des familles, l'accent doit être mis sur l'élaboration d'une stratégie de lutte contre la pauvreté des personnes âgées . Dans sa réponse du 19 août 2009, le Conseil fédéral  propose de rejeter la motion, estimant que les personnes à la retraite sont globalement bien assurées contre la pauvreté.

Documentation

Affaires du Parlement (CN 09/02)

Information complémentaire

30.08.2009