Update: 04.04.2017

Comment l’Islam se perçoit-il dans son rapport aux droits de l’homme?

Le discours sur le rapport entre droits humains et droit islamique n’est pas l’apanage des pays occidentaux: des milieux musulmans s’y intéressent aussi, et ce de multiples façons. Leurs opinions divergent toutefois fortement sur la possibilité de concilier ces deux notions, en fonction de leur interprétation du Coran et des autres sources religieuses. Nous présentons dans les paragraphes qui suivent les positions des musulmans selon qu’ils appartiennent à des groupes conservateurs ou à des groupes libéraux, même si ces groupes ne sont pas homogènes.

La vision conservatrice

La vision conservatrice considère que le Coran et la souna sont les seules sources légitimes du droit en général et des droits humains en particulier, le Coran étant interprété de façon plus ou moins littérale. Les partisans de cette vision conservatrice, pour autant qu’ils reconnaissent l’existence des droits humains, considèrent qu’ils émanent du Coran. Ils estiment par conséquent que la charia prime les conventions internationales lorsqu’il s’agit d’appliquer les droits humains. Ce faisant, ils ne remettent pas la charia dans son contexte historique et rejettent ainsi toute interprétation historique.
Les opinions conservatrices présentent de nombreuses nuances, qui vont de l’islamisme classique-orthodoxe à l’islamisme politique, en passant par le fondamentalisme. Les documents suivants illustrent cette hétérogénéité.

Les visions pragmatiques et réformatrices

Les représentant-e-s des tendances libérales et séculaires ont une vision de l’Islam compatible avec l’idéal des droits humains, car ils portent un autre regard sur les sources du droit islamique.

Dans le monde entier, on observe un courant d’intellectuel-le-s et de chercheurs-euses musulmans qui ont toujours plus tendance à appliquer des méthodes modernes pour interpréter le droit islamique, et relisent les textes fondateurs de l’Islam en tenant compte du contexte dans lequel ils ont été écrits.

Ces intellectuel-le-s libéraux établissent une distinction entre les versets du Coran qui sont intrinsèquement liés à une époque et à une situation et ceux contenant des principes intemporels et universels. Ils jugent ainsi légitime d’interpréter le Coran à la lumière de son contexte historique, socioéconomique et politique, et reconnaissent l’indépendance des droits humains internationaux vis-à-vis de la religion. Un de leurs objectifs est de montrer qu’il est possible d’interpréter le Coran d’une façon qui soit compatible avec les conventions internationales.

La vision séculaire va encore nettement plus loin: elle considère que la foi est une affaire personnelle et qu’il n’appartient pas à l’État de décréter la validité universelle de la charia. Cette position défend non seulement la primauté des conventions internationales sur le droit islamique, mais exige aussi que les droits humains l’emportent en cas de conflit avec les normes religieuses.

Ces 20 dernières années, qui ont vu la montée en puissance des forces conservatrices et islamistes, ont mis les réformateurs sur la défensive. Dans beaucoup de sociétés musulmanes, ceux qui ont encore le courage de se déclarer réformistes sont très vite victimes d’intimidations, de répression de la part de l’État ou même de voies de fait.

Nous présentons ici aussi divers documents qui illustrent la diversité des tendances progressistes:

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