Le CDH sauve sa crédibilité lors de la session sur le Darfour

Le Conseil des droits de l’homme (CDH) s’est réuni les 12 et 13 décembre 2006 pour se pencher sur la dramatique situation des droits de l'homme et humanitaire au Darfour. Suite à des négociations ardues, le Conseil est parvenu, par consensus, à trouver un accord sur l’envoi d’une mission de « haut niveau pour évaluer la situation des droits de l'homme au Darfour et les besoins du Soudan à ce sujet ». Le Conseil a ainsi, de justesse, sauvé sa crédibilité.

La mission en question sera « formée par cinq personnes hautement qualifiées, désignées par le président du Conseil des droits de l'homme après consultation des Etats membres du Conseil, ainsi que par le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan ». Tout l’enjeu se situe au niveau de la nomination des experts, très discutée, mais pour laquelle l’alliance des groupes africain, arabe et musulman a finalement baissé la garde. Au cours de sa dernière conférence de presse, le Secrétaire général Kof Anan a annoncé avoir nommé l'ex-président de l'Assemblée générale de l'ONU Jan Eliasson comme Envoyé spécial pour la crise au Darfour. La mission au Darfour doit communiquer ses conclusions à la quatrième session du CoDH (pour sa composition, voir article du 31 janvier 2007 ci dessous).

Pas de condamnation

Le projet de texte est lacunaire dans la mesure où il ne condamne pas les violations des droits humains au Darfour et se garde de mettre en cause le gouvernement de Khartoum. Tout au plus, la résolution «exprime sa préoccupation devant la gravité de la situation». Pour arriver au consensus, l’alliance menée par les pays européens avait abandonné de son côté la mention explicite des «violations flagrantes et systématiques» des droits de l’homme. Le texte commun signale aussi l’accord de paix sur le Darfour

Crédibilité du CDH en jeu

Ce «début de processus» a sauvé sa crédibilité du Conseil, qui a finalement parlé d’une seule voix. L'ambassadeur suisse Blaise Godet, également vice-président du Conseil exprime son soulagement «car si le Conseil n'avait pas été capable d'envoyer ce signal sur une des crises humanitaires les plus graves, l'institution n'en serait pas sortie grandie».

Amnesty International a qualifié cette résolution de "tardive et timide", mais reconnaît qu’elle constitue un pas décisif dans la bonne direction. La Fédération des Ligues de droits de l’homme, de son côté, se réjouit de l’adoption de ce texte, tout en regrettant qu’il ne condamne pas les abus et ne mentionne pas la question de l’impunité.

Des millions de victimes civiles

Cette province de l’Ouest soudanais au territoire aussi vaste que la France, est depuis 2003 le théâtre d’un conflit qui a engendré «la pire crise humanitaire actuelle»: 200'000 morts, 2,5 millions de déplacés, des atrocités sur la population civile qui visent à l’épuration ethnique, 4 millions de personnes dans le besoin. «Les civils continuent d’être la cible d’attaques brutales, délibérées et destructrices» a lancé la Haut Commissaire aux droits de l’homme Louise Arbour. «Des viols en masse et d'autres abus n'ont pas cessé, les responsables restent impunis et le conflit déborde désormais au Tchad et en Centrafrique», a-t-elle ajouté. Et ce, malgré la présence de 7000 observateurs de l’Union africaine, qui attendent le renfort de casques bleus, auxquels Khartoum refuse le déploiement.

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14.12.2006