Les requérants de l’ouest africain ont moins de chance d’être reconnus comme réfugiés

Une étude analyse les méthodes des autorités suisses en matière d’asile au regard des demandes des requérants ouest africains.

« Les motifs de ces ressortissants ne correspondent-ils pas à la loi sur l’asile ou la pratique conduit-elle à les exclure arbitrairement ? » se demande Gaétan Nanchen, auteur de l’étude pour le compte du Centre Social Protestant (CSP) de Genève et distribuée par l’Organisation Suisse d’Aide aux Réfugiés (OSAR). En effet, intrigué par la constatation flagrante, reconnue par l’Office fédéral des migration (ODM) lui-même, que « pratiquement aucune demande d’asile déposée des personnes originaires du Nord-Ouest Africain n’a été admise par les autorités » alors que de nombreux conflits sont en cours dans cette région, le jeune chercheur  a passé au crible une centaine de dossiers de ces requérants et il a analysé la façon dont les autorités d’asile les ont examinés.

L’étude, dont la lecture est aisée, ouvre quelques pistes de réflexion quand aux méthodes utilisées par les autorités suisses en matière d’asile, car si ces méthodes permettent de démasquer des tricheurs, elles ont également tendance à priver d’asile bon nombre d’individus qui devraient recevoir la protection de la Suisse. D’une part, l’étude démontre minutieusement que ces méthodes pénalisent particulièrement certaines populations, parmi lesquelles les Africains de l’Ouest (p.ex. les test d’analyse osseuse ou le test LINGUA). De plus, la différence culturelle joue un rôle important, utilisant des critères inadaptés pour juger des connaissances demandées de personnes issues d’un système foncièrement différent. Enfin, les conflits ouest africains se caractérisent par une complexité des acteurs et des changements d’intérêts conférant au tout une opacité qui se conjugue mal avec les équations simples des traitements de dossier : ainsi, un réfugié, persécuté par une milice privée mais soutenue par l’Etat, se verra refuser l’asile car ses problèmes sont d’ordre privé et ne peuvent être pris en compte. Ces différents éléments contribuent à créer des stéréotypes, des préjugés et enfin une logique de refus dangereuse.